B-Only’26 : Thomas Mang : Détenir ses bitcoins, être souverain ?

« Not your keys, not your coins. »

La formule est devenue un classique dans l’univers Bitcoin. Elle rappelle une idée essentielle : tant qu’un tiers contrôle les clés permettant de dépenser vos bitcoins, vous ne les contrôlez pas réellement.

Mais une fois les bitcoins retirés d’une plateforme et placés dans son propre portefeuille, la question est-elle réglée ?

Sommes-nous pour autant devenus souverains ?

C’est précisément le terrain que Thomas Mang viendra explorer à B-Only’26 avec une question volontairement simple en apparence :

« Détenir ses bitcoins, être souverain ? »

vignette B-Only’26, fond ivoire et orange, portrait de Thomas Mang en noir et blanc, son nom et la question « Détenir ses bitcoins, être souverain ? », au-dessus de montagnes sombres.

Posséder des bitcoins ne se résume pas à voir un solde dans une application

Lorsque quelqu’un affirme « j’ai des bitcoins », plusieurs réalités très différentes peuvent se cacher derrière cette phrase.

Ils peuvent être conservés sur une plateforme d’échange.

Ils peuvent être placés sur un portefeuille dont l’utilisateur maîtrise réellement les clés.

Ils peuvent avoir été achetés auprès d’un intermédiaire ayant collecté son identité et enregistré l’ensemble de la transaction.

Ils peuvent également avoir été obtenus directement, sans intermédiaire ou sans procédure KYC.

Dans chaque situation, les bitcoins sont peut-être économiquement attribués à la même personne.

Mais son degré d’autonomie n’est pas nécessairement le même.

Bitcoin permet justement de revenir à une question presque oubliée dans notre système financier moderne :

qu’est-ce que posséder réellement quelque chose ?

Les clés sont le début de la souveraineté, pas son aboutissement

Avec Bitcoin, celui qui détient les clés privées dispose techniquement de la capacité de déplacer les fonds.

C’est un changement considérable par rapport au système bancaire classique.

Aucune banque n’a besoin d’autoriser la transaction. Aucun compte central ne doit être débloqué. Aucun opérateur n’a besoin de modifier une ligne dans sa base de données.

Le propriétaire peut signer lui-même une transaction et la transmettre au réseau Bitcoin.

Cette capacité est au cœur de la proposition de Bitcoin.

Mais la souveraineté ne se limite pas nécessairement à cette seule capacité cryptographique.

Comment les bitcoins ont-ils été acquis ?

Qui connaît les adresses utilisées ?

Quelles informations ont été communiquées à une plateforme ?

Quel portefeuille est utilisé ?

À quel serveur celui-ci se connecte-t-il ?

Peut-on encore utiliser ses bitcoins si un intermédiaire disparaît ?

Peut-on effectuer une transaction sans demander implicitement la permission à une infrastructure contrôlée par quelqu’un d’autre ?

Plus on pousse la réflexion, plus la notion de souveraineté devient intéressante.

Et si votre identité était attachée à vos bitcoins ?

C’est là qu’intervient une autre question souvent mal comprise : celle des bitcoins dits non-KYC.

KYC signifie Know Your Customer. Dans de nombreux services financiers, l’utilisateur doit fournir son identité avant de pouvoir acheter ou vendre des bitcoins.

Cette procédure ne modifie pas Bitcoin lui-même.

Mais elle crée une information supplémentaire : un intermédiaire sait qu’une personne identifiée a acquis une certaine quantité de bitcoins à un moment donné.

Cela pose une question fondamentale.

Bitcoin est un registre public. Les transactions sont visibles par tous, même si les identités ne sont pas directement inscrites dans la blockchain.

Dès lors qu’une adresse ou une transaction peut être reliée à une identité réelle, certaines analyses deviennent beaucoup plus faciles.

Le sujet dépasse donc largement le débat caricatural entre « KYC » et « non-KYC ».

Il touche à la confidentialité financière, à la circulation de l’information et aux traces que nous acceptons de laisser derrière nos transactions.

La souveraineté est une question de dépendances

L’un des intérêts de Bitcoin est de permettre à chacun de réduire certaines dépendances.

Mais cela ne signifie pas qu’elles disparaissent toutes automatiquement.

On peut posséder ses clés tout en dépendant entièrement d’une application propriétaire.

On peut utiliser un hardware wallet tout en passant systématiquement par l’infrastructure d’un fabricant.

On peut disposer d’un nœud Bitcoin tout en exposant d’autres informations lors de l’acquisition de ses bitcoins.

On peut également chercher une indépendance absolue au prix d’une complexité telle que le système devient inutilisable.

Il existe donc des compromis.

Entre facilité d’utilisation et autonomie.

Entre confort et confidentialité.

Entre services proposés par des tiers et capacité à fonctionner sans eux.

La question réellement intéressante n’est probablement pas de déterminer qui serait « parfaitement souverain ».

Elle est plutôt de savoir :

quelles dépendances sommes-nous prêts à accepter, et lesquelles voulons-nous supprimer ?

Bitcoin nous oblige à réfléchir à la propriété

C’est aussi ce qui rend Bitcoin particulièrement intéressant.

Il ne propose pas seulement un nouvel actif financier.

Il remet sur la table des concepts que nous avions progressivement délégués à des institutions : propriété, conservation, paiement, confidentialité et responsabilité individuelle.

Avec Bitcoin, la propriété devient directement liée à la capacité de contrôler une information : la clé privée.

Cette propriété peut être exercée sans registre central déterminant qui possède quoi.

Mais cette liberté implique également une responsabilité nouvelle.

Celui qui souhaite devenir davantage autonome doit comprendre ce qu’il fait.

La souveraineté ne s’achète donc pas avec un hardware wallet.

Elle se construit progressivement.

Une question à débattre plutôt qu’une recette à appliquer

C’est précisément l’esprit de B-Only.

L’objectif n’est pas de distribuer une checklist permettant de devenir « souverain en dix étapes ».

Il est de comprendre les mécanismes, de confronter les pratiques et de discuter des compromis.

Thomas Mang reviendra ainsi à B-Only’26 pour prolonger ses réflexions autour de la détention, de la propriété, du non-KYC et de la confidentialité.

Avec une question qui devrait provoquer quelques discussions :

Détenir ses bitcoins suffit-il réellement à être souverain ?

Probablement pas.

Mais c’est peut-être par là que tout commence.


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